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BTS Design de Mode

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BTS Design de Mode : ABC, les lettres d’or d’Arnes Blazevic

25 avril 2018 - 0

Ceux qui sont venus nous rendre visite lors des Journées Portes Ouvertes ont forcément remarqué les grandes affiches de mannequins vêtus de grands manteaux, flanquées du logo ABC avec un emblème en fil d’or. Elles sont l’œuvre d’Arnes Blazevic, diplômé en juin 2017 en BTS Design de Mode, avec un projet nommé « ABC » qui avait particulièrement séduit le jury.  Un an après, nous prenons des nouvelles d’Arnes, désormais au sein de la marque Y/Project. Et tout se passe très bien ! N’est-ce pas Arnes ?

Arnes Blazevic

Arnes, on va commencer par le début… Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as choisi de faire un BTS Design de Mode et à Bellecour École ?

Je pense que le BTS Design de Mode est une bonne plateforme, un bon système d’enseignement pour apprendre les bases fondamentales du design et de la mode. Plus jeune, je n’étais pas vraiment sûr de me lancer directement dans la mode et la couture alors j’ai choisi le BTS afin d’acquérir un savoir majeur sur le design et ensuite m’orienter dans la mode.

J’ai choisi Bellecour École parce que je n’étais pas prêt pour une pure école de mode, et encore moins pour une école de design « random ». Ce qui m’a énormément plu à Bellecour École c’est l’ambiance, l’aspect « maison » des locaux, et l’environnement extérieur bien évidemment. Il s’avère que ce fut une excellente décision car j’ai beaucoup appris et énormément découvert sur les autres mais aussi sur moi.

Le BTS Design de Mode, promo 2017, c’est une jolie bande de copains. Est-ce que tu peux nous raconter l’ambiance dans cette promo ?

Notre promo 2017 était en quelque sorte… une expérience. Nous étions un effectif réduit, ce qui nous a permis d’avoir un excellent suivi et une évolution majeure pendant toute notre scolarité en créativité principalement.

D’un aspect professionnel et carrière, les profils étaient totalement différents. Certains s’orientaient vers le « streetwear », d’autres vers la « couture », dans des choses plus casual en passant par le « arty barré ». C’était un vrai vivier créatif. Certains étaient intéressés par l’accessoire, d’autres par des collections plus sportives.

Personnellement, ce qui m’a toujours plu c’est d’être mis à l’épreuve, de faire face à l’histoire que je veux raconter dans une collection. Je fouine dans les références historiques, je lis et m’inspire, je dessine, je fouille dans la matière, je construis, je déconstruis, je coupe, je déchire, je brode, je peins, jusqu’à atteindre une maturation de l’esprit. Ensuite, l’aspect de construction technique et de « twist » compte beaucoup pour moi, car elle mène à son tour à la maturation du produit.

Grâce à ce processus, j’enrichis mes silhouettes aussi bien de couleurs étonnantes, que de détails de coupe et volumes référentiels mais contemporains.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué pendant ces deux années ?

Les malheureux attentats de Charlie Hebdo. Je venais d’arriver à Bellecour École et voir toutes ces personnes s’assembler pour s’exprimer et créer librement fut un moment intense. Nous avions tous dessiné un petit quelque chose mais aujourd’hui, celui que tout le monde retient est la « Marianne en Larmes » de Benjamin Régnier, ancien étudiant en BTS Design de Mode. Et je peux vous dire que ça fait quelque chose. Benjamin est passé dans tous les journaux, aussi bien la presse que la télévision. Il a marqué le monde entier. Son dessin a été partagé partout sur Instagram, Facebook, etc… et ça c’est cool pour un jeune étudiant malgré la tragédie de l’événement.

On va parler de ton projet de diplôme. Il est très empreint de philosophie, notamment le « soi ». Pourquoi as-tu fait ce choix-là ?

Le sujet étant assez sensible, j’ai décidé dans un premier temps de faire la différence entre le moi (l’être que je suis dans une société, la personne physique) et le soi (l’être que je suis avec moi-même, synonyme d’âme). Cette différenciation était très importante pour lancer et comprendre mon projet car, si mal expliqué, il prenait rapidement une tournure égocentrique voir narcissique. Or, l’idée n’était pas de parler de moi mais de laisser chacun s’exprimer à travers son vêtement, son corps, grâce à soi.

A partir de là, le « soi » apparait comme un voyage que chaque individu vit. Il commence à l’adolescence, avec la prise de conscience de soi, se construit au fur et à mesure d’épreuves pour devenir adulte, sans jamais cesser d’évoluer et de s’améliorer.

Arnes Blazevic

A travers ton emblème mais aussi le nom de ta marque « ABC », tu as tenu à ce que tes origines bosniaques soient très présentes. Pourquoi ?

La problématique principale de mon projet était : « comment endosser le soi afin d’en exalter sa force ? ». J’ai donc articulé mes recherches comme un voyage aux étapes marquantes de la vie d’un Homme : les origines / la découverte / la force et enfin l’affirmation de soi. Or, avant de se lancer dans ce voyage, l’acceptation de ses origines, celles qui imprègnent un être dénué de tout aspect matériel, est très importante.

À travers le nom de la marque « ABC », de la première à la dernière lettre, j’encadre simplement mon nom et assume mes origines (Arnes BlazeviC). Quant à l’emblème, je rends hommage et fait honneur à mon pays, à mes sources notamment avec la fleur de lys. Il s’agit en effet du symbole de Kozarac, le petit village natal de ma famille, que j’ai stylisé graphiquement pour le rendre fort et assumé. De par sa position, il domine aussi et guide le reste de l’emblème, traduction du reste de la vie.

La question joker : n’était-ce pas une difficulté supplémentaire à ton projet ambitieux et comment l’intégrer de manière efficace à ton travail ?

L’emblème fut un vrai sujet à part entière dans mon projet et l’un des plus grands challenges. La difficulté principale était d’éviter de tomber dans un cliché « égocentrico-royaliste » avec tous ces symboles fortement connotés. La clé de la réussite : des mots simples, humbles et directs. La fleur de lys, mes origines, sa position, le guide. Le portrait, mon acceptation de soi. L’aigle déployant ses ailes, l’être qui devient fort. Le lion avançant et rugissant, l’évolution et l’affirmation de soi.

L’or vient à ce moment transformer cet emblème en un repère visuel fort et marquant, pour la marque et la première collection alors intitulée « Totem ».

On continue sur ton projet. Tu as travaillé essentiellement sur le manteau. Pourquoi ?

Au premier abord, quand on pense « soi », on pense à quelque chose de chaleureux, doux, où l’on est presque mis à nu. On mène une introspection du corps qui n’affiche pas vraiment ce qu’il ressent ou découvre. Or, j’interprète ce sujet d’une manière totalement différente.

Pourquoi le manteau ? Tout simplement car il s’agit de la pièce phare de toute garde-robe tant bien masculine que féminine. Un vêtement imposant, dans lequel le corps se sent bien et figurant comme l’élément « premier » que l’on distingue lorsque nous rencontrons quelqu’un.

Le soi (traduit comme découverte, épreuve, rencontre et évolution) s’affiche alors à travers une gamme de vêtements-accessoires colorés, fièrement accrochés aux manteaux unisexes. Séparés en différentes gammes, ces derniers sont interchangeables avec tous les manteaux de la collection et permettent donc aux clients de «créer» -selon eux- leur propre manteau.

Le manteau ABC n’est pas synonyme de « carapace », au contraire, il est tableau. Il cherche à être découvert, rencontré, touché et admiré car il surprend par sa polyvalence.

Question simple : aujourd’hui diplômé, où en es-tu ?

En juin dernier, juste après avoir terminé les jurys et les épreuves du diplôme, j’ai eu la chance de travailler chez Y/Project aux showrooms Menswear SS18, puis Womenswear SS18. C’est une marque que j’admire et qui m’inspire depuis trois ans. Travailler avec eux ces quelques temps fut vraiment une expérience magique et enrichissante.

Étant à la recherche d’un stage conséquent pour la rentrée 2018, je me suis entretenu avec l’équipe design de Y/Project avant d’intégrer l’entreprise, en tant que stagiaire assistant designer pour une durée de six mois.

Mes missions principales consistaient à créer les dessins techniques des prochaines collections, la coordination de collections mais également l’élaboration de pièces d’études, de prototypes et de motifs. Une multitude de missions qui m’ont énormément appris sur la gestion d’une entreprise et d’une équipe mais aussi la gestion de soi.

Petit à petit, je concrétise mon parcours professionnel car depuis début avril mon stage a débouché sur une embauche et je fais désormais officiellement partie l’équipe Y/Project.

Y/Project Y/Project

Pourrais-tu nous dire quelques mots sur l’univers Y/Project ?

En 2013, la maison nomme Glenn Martens en tant que Directeur Artistique de Y/Project. Combinant détails conceptuels et inventifs, proportions ludiques et références historiques, Y/Project met l’accent sur l’individualité et l’indépendance.

On fusionne l’énergie de la rue avec des silhouettes inspirantes et colorées, à travers une interprétation unique de la masculinité et de la féminité, alliant des références excentriques à des looks unisexes qui transcendent la polyvalence.

De plus, en juin 2017, Y/Project remporte le prestigieux ANDAM Grand Prize, l’une des reconnaissances les plus respectées de la mode à travers le monde. Et en septembre 2017, Glenn Martens est sélectionné comme l’une des 500 personnes du « Business of Fashion » qui façonnent la mode à l’échelle mondiale aujourd’hui.

y project

Pour terminer, la tradition veut que l’on te demande un mot à dire, un conseil pour un étudiant en MANAA ou au début de son BTS Design de Mode.

Be a better self.

Pour suivre Arnes et Y/Project sur Instagram : @arnesblazevic / @yproject_official


Si vous souhaitez intégrer, comme Arnes, notre formation en Design de Mode et connaître les modalités d’admission, voici toutes les infos nécessaires : http://www.bellecour.fr/admissions/#bts

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